La filière française du bioéthanol affiche un optimisme mesuré. Alors que la consommation nationale de ce biocarburant connaît une croissance soutenue, la production hexagonale peine à suivre le rythme, ne couvrant qu’une partie des besoins. Les professionnels du secteur pointent du doigt un cadre réglementaire européen encore incertain, dont la clarification est perçue comme le prérequis indispensable à tout nouvel investissement industriel.
L’année écoulée a pourtant été marquée par des avancées notables. Au niveau national, le maintien d’une fiscalité avantageuse pour le superéthanol E85 a conforté la filière. Sur la scène européenne, l’abandon du projet d’interdiction des moteurs thermiques neufs à l’horizon 2035 a été accueilli comme un signal positif, garantissant un débouché futur pour les véhicules hybrides ou essence compatibles avec ce carburant.
Les chiffres témoignent d’une dynamique de fond. La consommation totale de bioéthanol en France a augmenté d’environ 15% sur un an, tirée par la progression des véhicules essence et par l’incorporation croissante d’éthanol dans les carburants. Cette demande robuste contraste avec une production nationale stable, située entre 10 et 12 millions d’hectolitres annuels, un plateau atteint il y a près de deux décennies en raison d’un manque de capacités nouvelles.
Le principal point de tension réside dans le traitement des biocarburants dits de première génération, produits à partir de ressources agricoles. La proposition réglementaire actuelle de la Commission européenne les exclut, une position que la filière juge incohérente. Elle rappelle que ces biocarburants constituent l’écrasante majorité de la production européenne, et espère une révision de ce point par le Conseil et le Parlement européens.
Concernant le superéthanol E85, spécifiquement destiné à la pompe, sa consommation se maintient à un niveau historiquement élevé, représentant plus du tiers de l’usage national de bioéthanol. Une légère baisse par rapport à l’année précédente s’expliquerait par l’effet d’un pic exceptionnel antérieur et par l’arrivée sur les routes de véhicules plus sobres.
Pour les acteurs de la filière, l’équation est désormais claire. La demande est structurellement présente et en croissance. La clé pour y répondre et réduire la dépendance aux importations passe par des investissements dans les outils de production. Ces investissements, affirment-ils, n’attendent qu’un cadre législatif européen stabilisé et favorable, dont les contours définitifs devraient se préciser dans les mois à venir.