L’industrie porcine en Ukraine est confrontée à une crise multidimensionnelle qui menace son existence même. Une combinaison de facteurs sanitaires, économiques et liés au conflit pourrait entraîner une réduction catastrophique de la moitié du cheptel national d’ici l’année prochaine.
La peste porcine africaine reste la menace sanitaire la plus immédiate. Après avoir provoqué des pertes massives l’année dernière, une nouvelle vague épidémique sévit depuis le début de l’année dans plusieurs oblasts, semant l’inquiétude chez les professionnels. Le spectre d’une hécatombe comparable à celle de 2024 plane sur le secteur.
Au défi sanitaire s’ajoute une profonde détresse économique. Les producteurs subissent des prix de vente dérisoires, largement en deçà des coûts de production. Cette pression sur les marges est exacerbée par les conditions opérationnelles extrêmes. Les attaques répétées contre les infrastructures énergétiques du pays entraînent des coupures de courant fréquentes et prolongées, compromettant le bien-être animal et la logistique. Contraints, de nombreux éleveurs sont obligés d’envoyer prématurément leurs animaux à l’abattoir, créant un engorgement du marché qui accentue encore la chute des prix.
La perspective d’une reconstitution des troupeaux apparaît de plus en plus lointaine. L’investissement nécessaire pour relancer une exploitation est prohibitif pour des trésoreries déjà exsangues. Dans le contexte de la guerre, les priorités gouvernementales sont ailleurs, laissant la filière sans soutien structurel pour sa survie. Cette absence de perspective décourage tout projet de réinvestissement.
Sans un changement de paradigme rapide, incluant des mesures de soutien financier urgent et une stratégie renforcée de lutte contre les épizooties, le pays risque de voir sa production porcine, autrefois robuste, se réduire à une fraction de son potentiel, avec des conséquences durables sur sa sécurité alimentaire et son économie rurale.