Dans un contexte économique où le prix de l’azote reste élevé tandis que ceux des grains sont modérés, chaque kilogramme d’engrais doit être utilisé avec une précision chirurgicale. Une stratégie gagne du terrain cette saison : différer le premier apport d’azote sur les céréales. Cette approche, loin d’être systématique, peut significativement améliorer l’efficacité globale de la fertilisation.
L’objectif traditionnel d’un apport au stade tallage est d’éviter toute carence à la culture jusqu’au stade « épi 1 cm ». Cependant, les besoins des céréales comme le blé ou l’orge durant cette première phase de croissance sont limités, ne dépassant pas 60 kg d’azote par hectare. Les experts agronomiques soulignent que lorsqu’un apport à ce stade est indispensable, il doit être raisonné et ne pas excéder 40 kg N/ha, le sol devant fournir le complément.
Dans quels cas cet apport précoce reste-t-il justifié ? Principalement dans deux situations. La première concerne les parcelles ayant connu des difficultés d’implantation à l’automne, souvent liées à des excès d’eau, qui ont limité le développement racinaire. Dans ces conditions, les plantes peinent à puiser l’azote naturellement présent dans le sol. La seconde situation est avérée lorsque les analyses de reliquats d’azote en sortie d’hiver indiquent des réserves inférieures à 60 unités sur la profondeur du sol. Ces cas sont typiques de sols superficiels, pauvres en matière organique et n’ayant pas bénéficié d’apports organiques récents.
À l’inverse, pour une majorité de parcelles cette année, un report de la fertilisation est possible et même recommandé. Les cultures bien implantées, présentant un tallage satisfaisant sur des sols profonds, peuvent parfaitement se passer d’un apport précoce. Ceci est particulièrement vrai lorsque le reliquat azoté du sol dépasse les 60 unités.
L’avantage de cette stratégie est double. En reportant la dose d’azote vers les stades clés de la montaison et de la fin de cycle, l’agriculteur maximise son efficacité. L’azote est alors mieux valorisé par la plante, contribuant directement à l’augmentation du rendement et à l’amélioration de la teneur en protéines du grain. Il s’agit d’une gestion plus fine, adaptative, qui permet d’ajuster l’investissement fertilisant aux réels besoins de la culture et au potentiel du sol.